TWO PIANO RAGS

Les milliers d’esclaves assignés aux champs (le coton du Sud profond des Etats‑Unis faisaient de la musique et créaient leurs propres danses et chansons pour satisfaire leurs besoins culturels et émotionnels. C’est à partir de cette formidable profusion de rythmes et de mélodies, dont la plupart n’ont jamais été écrits, que des compositeurs tels que Louis Gottschalk et Scott Joplin ont mis au point une forme de jazz qu’ils ont appelé le Ragtime. Cette musique possède une ligne de basse constante et une mélodie syncopée dans laquelle l’accent est placé sur on battement de rythme, faible d’ordinaire, de la mesure. Le conseil de Joplin, à savoir « ne pas jouer rapidement », nous rappelle que le tempo le plus efficace est régulier et modéré.

Scott Joplin est le compositeur de ragtime le plus célèbre, Né au Texas en 1868, il était le fils d’un cheminot né de parents esclaves qui avait joué dans des orchestres de plantation. Le jeune Joplin fit preuve d’un talent musical prometteur à la guitare et au piano, et parcourut les Etats‑Unis en gagnant sa vie en tant que pianiste de saloon et de théâtre. Après avoir entendu du ragtime à St Louis, il se mit à composer de la musique pour les bars et les cafés qui Se multipliaient et étaient devenus d’importants lieux de rencontre Pour ceux qui vivaient dans l’oisiveté comme pour les ouvriers. Après son premier mariage, Joplin s’installa à St Louis ou il continua à écrire et jouer, ce qui lui valut le surnom bien mérité de « King of Ragtime ».

Le succès de sa musique lui donnant confiance en lui, l’idée lui vint de composer une oeuvre théâtrale et même une symphonie inspirée du ragtime. Malheureusement, il vit souvent ses espoirs se briser: il n’écrivit jamais sa symphonie et ses tentatives de composition d’un opéra de ragtime échouèrent. Ses commanditaires étaient inconstants et les énormes problèmes que posent la présentation d’une oeuvre théâtrale et de sa mise en scène finirent par avoir raison de lui. Il mourut, déçu et déséquilibré, en 1917.

The Entertainer est peut‑être à l’origine d’un regain d’intérêt pour la musique de Joplin qui fut utilisée dans le film « L’arnaque » en 1973. James Hubert Blake, dit Eubie, est mort à Brooklyn en février 1983, quelques jours après son centième anniversaire. Issu d’un milieu modeste, il fit très tôt preuve d’un grand talent et était déjà pianiste dans Lin dancing à l’âge de 15 ans. Il partit ensuite en tournée dans des théâtres de vaudeville et dirigea un orchestre de jazz avant la Première Guerre Mondiale. Son ragtime The Chevy Chase, inspiré par la danse à la mode de l’époque, sortit en 1914. Le trio central de ce ragtime est peut‑être le plus énergique de tous. Octogénaire, Blake enregistra de nouveau certains de ses anciens succès. Après avoir passé la plus grande partie de sa vie à fumer, à boire et à aimer la société des femmes, il fit remarquer lors d’une interview donnée le jour de son centième anniversaire : « Si j’avais su que je vivrais aussi longtemps, je me serais mieux occupé de moi »,

The Easy Winners, un rag de Joplin, est, comme l’indique son titre, simple et décontracté et suggère un schéma de questions‑réponses dans son traitement thématique. Solace semble associer les éléments de base du ragtime au balancement de rythmes de danses mexicaines.

Né dans le New jersey en 1887, joseph Lamb est devenu [‘un des rares blancs à assimiler l’expression du ragtime. Ses merveilleuses compositions lui ont d’ailleurs valu d’être comparé à Scott Joplin, C’est ce dernier qui l’aida à publier « Sensation », l’Lin de ses premiers morceaux de rag. Lamb est mort dans sa soixante‑quatorzième année à Brooklyn après avoir enregistré une série de classiques pour Folkways à peine quelques mois plus tôt. Bohemia date de 1919 et rappelle très nettement le « cake‑walk » avec son air de marche militaire dans les dernières mesures.

Palm Leaf Rag ne peut avoir été écrit que par Joplin : on y dénote son style musical dès les toutes premières mesures. Ford T. Dabney était un musicien doué en tous genres. Lorsqu’il avait une vingtaine d’années, il gagnait sa vie en jouant du piano et forma par la suite le Tempo Club, l’une des plus grandes agences d’artistes noirs. Il dirigea le célèbre orchestre Ziegfeld Midnight Frolics et composa beaucoup de chansons et de morceaux instrumentaux. Porto Rico est l’un des rags les plus connus de Dabney et a été rendu célèbre à la scène par Vernon et Irene Castle, deux des danseurs les plus populaires de l’époque. Gladiolus Rag, composé par Joplin en 1908, comporte quatre thèmes intégrés qui sont utilisés de manière des plus caractéristiques.

Parmi les principaux  interprètes à se produire en public aujourd’hui, on peut citer John Arpin, que le New York Times a qualifié de « Chopin du ragtime ». Né en Ontario, il a commencé à jouer du piano à quatre ans et a écrit ses premières compositions alors qu’il avait à peine sept ans. Il a obtenu de nombreux prix  internationaux et réalise aujourd’hui de nombreux enregistrements. Il est également excellent chef d’orchestre, compositeur et arrangeur. Son Toronto Blues date des années 1960 et est fortement influencé par le jeu de son illustre prédécesseur, le pianiste jelly Roll Morton. L’introduction exploite de manière admirable les harmonies majeures‑mineures.

Stop‑time Rag est un morceau qui donne immédiatement envie de taper du pied et que le public a dit adorer. Clarence Woods a passé la plus grande partie de sa vie à travailler comme organiste et pianiste dans des théâtres de vaudeville, des spectacles ambulants et des films muets. Sleepy Hollow est son plus célèbre rag. Il l’a sans doute écrit en mémoire de Carthage, une petite communauté du Missouri où il avait passé son enfance. Le trio central de « Sleepy Hollow » nous donne un avant‑goût du succès de Walter Davidson, « Makin’Whoopee ».

Pine Apple Rag, qui date de 1908, est l’une des compositions les plus variées de Joplin sur le plan de l’atmosphère qu’elle dégage et du contenu mélodique. Singulièrement, ce morceau a été mis en paroles par son auteur, ce qui a accru de beaucoup sa popularité. Rialto Ripples compte parmi les premières compositions de Gershwin. Remontant à 1916, Gershwin l’écrivit au début de sa carrière de compositeur de musique populaire. L’un des pianistes les plus recherchés de l’éditeur Remick, il arrondissait ses fins de mois en enregistrant des rouleaux de piano mécanique. La vivante composition que nous vous proposons pouvait laisser présager le merveilleux « Summertime » de « Porgy and Bess ».

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